EAN13
9782912833624
ISBN
978-2-912833-62-4
Éditeur
PROVINCIALES
Date de publication
Nombre de pages
400
Dimensions
19 x 14 x 2 cm
Fiches UNIMARC
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Le Purgatoire

Provinciales

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Purgatoire : « lieu où les âmes des justes, morts en état de grâce, connaissent un temps d´attente, afin d´expier leurs péchés avant d´accéder à la béatitude. »À la suite de Dante, avec une audace de romancier et de bagarreur, Boutang avait décidé de jouer sa propre disparition dans un roman, et d´éclairer sa vie avec la lumière crue de l´impotence et de la mort : accomplir ici même, dès à présent, ce « temps d´attente » qui nous éloigne de la béatitude. Trop fort !« Pour saint Thomas d´Aquin, on fait son purgatoire dans le lieu même où la faute a été commise. Je pense même que l´on peut faire son purgatoire dans le temps où l´on a vécu », expliquait-il.L´homme d´aujourd´hui ne croit plus en théorie au Purgatoire, et ne croit guère non plus à la sainteté , le Paradis étant perdu, il se confond lui-même avec la morne vie terrestre où il semble que l´enfer soit apparu plusieurs fois dans l´histoire et il progresse infiniment et tristement dans la pratique sans rédemption des péchés de toutes sortes qu´il nomme « le mal », sans les connaître ni les combattre pour autant (le corps ne tend pas à sa propre rédemption.)« L´enfer, je n´en peux rien dire, car je n´en sais rien, dit cependant Pierre Boutang. Ce que je sais, c´est l´étonnement du Purgatoire, une joie infinie à se sentir sauvé et, d´autre part, la violente douleur d´être éloigné de ce que l´on doit rejoindre. Quand on n´a pas de corps, la peine est infinie. »Infinie et violente sera donc la peine de la mémoire, quand elle devra revivre tous les moments tragiques de la vie en vérité, c´est-à-dire avec la pleine conscience de la faute qui lui a fait défaut sur le moment et l´impuissance à l´éviter, cette fois, la corruption de la volonté s´étant figée dans l´irréversibilité du temps et pâtissant de la disparition du corps. Le Purgatoire est le contraire d´une fuite dans l´au-delà : « Le romancier a toujours eu une propension à avoir des peines ou des joies excessives… En fait, c´est dans le Purgatoire que je peux le mieux retrouver la vie : le Purgatoire c´est notre vie. »De l´imprécateur souvent honnis pour ses excès on connaissait la témérité, l´intransigeance peut-être, les adultères et les colères, mais dans cette « autobiographie romancée », il s´est donné l´occasion de dire des choses très dures à son sujet : se déroule par exemple le récit crucifiant d´un avortement dont il avait été la cause et le complice.« Dans ce roman on peut trouver si l´on veut des éléments autobiographiques. Je suis parti des péchés capitaux qui ne sont pas forcément les péchés les plus graves, mais ceux qui sont à l´origine des autres. Je place la luxure en second dans l´ordre de la gravité, immédiatement après la superbe qui est à l´origine de tous les péchés. A côté de la luxure, il y a l´acédie : l´absence de souci, le manque d´amour spirituel. Viennent après la colère assez importante pour le personnage, l´envie, qu´il a peu éprouvée. Ce qui est le moins important à titre individuel, ce sont les péchés qu´il a en quelque sorte vécus à travers son époque. »Il ne s´agit pas d´un déballage : revivre ses fautes et ses péchés est dors et déjà une punition, et dans la longue tradition des Confessions depuis saint Augustin, c´est juste la vie elle-même qui sourd et que l´on sent palpiter sous les mots pénétrants de ce puissant « roman théologique » : «Â Dans toute réalité profonde, l´homme est révélé à lui-même. Il est pécheur , sans le péché, on ne peut parler de l´homme. »À la publication de ce livre, Bertrand Poirot-Delpech, de l´Académie française, écrivait (dans Le Monde du 5 mai 1976) : « Avec Pierre Boutang, la performance d´athlète culturel touche au prodige. La gêne de ne pas réciter comme lui le Parménide (Platon) au petit déjeuner cède vite au doux vertige de le suivre sur ses sommets. Au génie gréco-latin toujours à fleur de prose, s´ajoutent des glissements naturels vers l´allemand, l´anglais, l´italien, et vers un mélange de tout cet héritage, sabir subtilement chaotique où se lisent à la fois l´aboutissement et l´origine du logos occidental.Sans croire au Purgatoire (…), Wittgenstein avait prévu qu´il y aurait un risque de démantibulation à vouloir passer de l´autre côté du langage. Son disciple reste sur la frontière, sur le seuil, à l´écoute de la source verbale - plus que de la divinité, à moins que celle-ci et la parole ne fassent qu´une, quelque part, un jour !C´est une joie rude mais somptueuse de partager ce guet, à l´affût de la vox cordis, de la rauque chanteuse, de la colombe souterraine, sans cesse à la proue d´une langue dont on ne distingue que le sillage. »Dès lors il ne pouvait s´agir d´une simple réédition, pour ce livre d´un autre temps (1976). A une époque où les richesses en apparence disponibles de nos bibliothèques deviennent de plus en plus inaccessibles à cause du manque de mémoire littéraire, Ghislain Chaufour a fait un travail prodigieux et réjouissant pour élucider et nommer les personnages évoqués (Roger Nimier, Maurice Clavel, Jean Wahl, Gabriel Marcel, Antoine Blondin, Gabriel Matzneff, etc.), éclairer les références sous jacentes à cette vaste entreprise d´introspection et de reconstitution, rassembler et restituer en les citant les beautés et la littérature que l´âme de Boutang au « Purgatoire » contient toujours en elle, et renvoyer aux grands thèmes de l´œuvre si nécessaire et si puissante du philosophe.« A toi, afin que soient accrues ensemble ta douleur et ta gloire, un autre sort est réservé : sur le lieu et dans le temps de tes fautes et de tes erreurs, tu dois non pas revivre mais revenir » (Pierre Boutang, Le Purgatoire.)
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