Le club des tricoteuses - Nouvelles chroniques, d'une vie à l'autre
EAN13 : 9782352887843
ISBN :978-2-35288-784-3
Éditeur :City
Date Parution :
Nombre de pages :304
Dimensions : 24 x 16 x 0 cm
Poids : 458 g
Langue : français
Langue originale : anglais

Le club des tricoteuses - Nouvelles chroniques

d'une vie à l'autre

De

Traduit par

Vendu par Librairie La Rose des Vents (Dreux 28100)

18.25€
1

New York était la ville des fêtes de fin d'année par excellence, et Dakota Walker adorait cette période. Elle aimait voir les New-Yorkais attendre épaule contre épaule en retenant leur souffle l'illumination de l'immense sapin de Noël du Rockefeller Center. Elle aimait les vitrines des grands magasins où des pères Noël postmodernes trônaient dans un décor hivernal. Mais le moment qu'elle préférait entre tous, c'était la célèbre et bruyante parade de Thanksgiving, le coup d'envoi des festivités, qui annonçait un mois de joie et de plaisirs.

Anita, l'amie de Dakota et aussi parfois sa grand-mère de substitution – qui, à près de quatre-vingts ans, maîtrisait presque aussi bien le langage SMS que certaines des camarades de classe de la jeune femme –, avait souvent emmené Dakota à la parade lorsqu'elle était petite. L'année précédente, dans un élan de nostalgie, elles y avaient assisté le matin de Thanksgiving. Emmitouflées dans plusieurs couches de pulls, de gros chandails à torsades tricotés main sur des cols roulés en coton, elles avaient dégoté un endroit près de Macy's[1] juste après le lever du soleil et avaient regardé le flot de ballons géants à l'effigie de personnages de dessins animés, le défilé de pop stars chantant en play-back et de fanfares de lycéens frigorifiés mais enthousiastes descendre Broadway. Exactement comme le voulait la tradition.

Pourtant, ce que Dakota préférait par-dessus tout dans le début de l'hiver, c'était la fraîcheur de l'air (qui exigeait pratiquement que l'on porte des pulls tricotés) et le fait que les New-Yorkais d'ordinaire si sérieux – dans la rue, dans les ascenseurs, dans les métros – étaient soudain prêts à risquer un sourire.

À communiquer avec un étranger.

À poser enfin les yeux sur les autres après avoir évité de croiser leur regard pendant toute l'année.

Ce qui contribuait aussi largement à son bonheur, c'était le prétexte idéal – l'occasion tant attendue – que fournissaient les fêtes pour faire des gâteaux.

Des gâteaux sablés, fondants et friables, des scones fourrés à la glace au chocolat et à l'orange, des gâteaux à la crème fouettée parfumée à la vanille, des tartelettes au beurre : de novembre à décembre, il n'était question que de mélanger les ingrédients, que de fouetter les crèmes, que de pétrir des pâtes et que de goûter.

Même si elle n'avait passé qu'un semestre à l'école de pâtisserie, Dakota était impatiente de tester les nouvelles techniques qu'elle avait apprises.

Pourtant, elle n'avait pas pris la peine de réfléchir à ce qu'elle ressentirait en abaissant au rouleau une pâte, en épluchant des fruits, en préparant un repas dans la maison de son enfance. Elle ajusta sur ses épaules son sac à dos bien rempli, un sac de provisions dans chaque main, et monta l'escalier assez raide jusqu'au deuxième étage où se trouvait désormais le petit appartement de Peri, juste au-dessus de la boutique de fils à tricoter que sa mère avait ouverte des années auparavant. La minuscule boutique, dont les étagères étaient bourrées à craquer de fils à tricoter duveteux, rugueux ou au contraire satinés et doux, et dont les murs représentaient un kaléidoscope de pastels apaisants et de teintes somptueuses évoquant l'éclat de pierres précieuses, cette boutique même que Georgia Walker avait léguée à sa fille unique et que Dakota avait fini par apprécier à sa juste valeur.

Les portes du placard blanc grincèrent bruyamment lorsqu'elle les ouvrit. Elle fut surprise non par leur bruit désagréable, mais parce qu'elle réalisa en cet instant qu'elle avait oublié les caprices de cette cuisine si particulière. Au même instant, des pelotes de laine en surnombre s'échappèrent des étagères dans une cascade de bordeaux et de bleu cobalt, de laine et d'acrylique, de laine fine ou de laine sport.

Elles tombèrent d'abord sur les sacs de provisions que Dakota venait de poser sur le bar avant d'aller rebondir sur le sol vinyle imitation carrelage.

Après coup, une petite pile de cachemire prune dégringola sans bruit, frôla la tête de Dakota, puis alla atterrir directement dans le minuscule évier en inox.

« Ce n'est pas une cuisine ! cria la jeune fille en écartant les bras autant que le lui permettait son lourd manteau blanc pour tenter de contenir les pelotes et la nourriture et d'empêcher le tout de passer par-dessus bord. C'est un entrepôt ! »

Elle hésita. Elle voulait en fait juste trouver un saladier pour y empiler les pommes qu'elle avait achetées et elle était entrée dans la coquerie de Peri comme si elle était en mode automatique. Tout en passant en revue les tâches qu'elle avait à accomplir, Dakota avait distraitement repris ses anciens réflexes et s'était rendue directement là où sa mère rangeait la vaisselle à l'époque où les deux Walker vivaient dans cet appartement. Et que trouva-t-elle à la place ? Des aiguilles à tricoter de toutes tailles et de tous bois empilées dans le tiroir contenant autrefois les assiettes, et des pelotes de laine dans les placards où elle s'attendait à trouver les plats.

Elle n'osait même plus risquer un coup d'œil dans le four maintenant que Peri vivait ici.

Cela faisait bien longtemps qu'elle n'avait plus cuisiné dans cet endroit, qu'elle n'avait plus préparé de muffins à l'orange et aux myrtilles pour les amies de sa mère, les membres fondateurs du Club des tricoteuses du vendredi soir.

« Sept ans », s'étonna Dakota à voix basse bien que personne ne pût l'entendre. Sept ans qu'elle ne s'était pas affairée dans cette cuisine après avoir terminé ses devoirs, sept ans qu'elle n'avait pas travaillé le beurre ramolli et le sucre tout en réfléchissant aux ingrédients qu'elle allait choisir pour parfumer les gâteaux de la semaine.

[1] Tous les ans depuis 1924, le grand magasin Macy's organise une grande parade en musique le matin de Thanksgiving, en général le long de Broadway et de la 34e Rue. (NDT)

Jocelyne Barsse (Traduction) a également contribué aux livres...

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